L’argent ne fait pas le bonheur

House of Gucci, Ridley Scott

Si vous espériez comme moi découvrir les coulisses de fashion shows et de stylistes inspirés, vous en serez pour vos frais car rien de tout cela n’est abordé dans le film. Par contre, amour, argent, haine, trahison … un vrai Dallas italien !

Commençons par écouter la prière de cette famille de la bouche de Patrizia …

Father, Son and House of Gucci

Adam Driver campe un Maurizio Gucci au look très Yves Saint Laurent, un homme calme, souriant,timide, naïf presque dans son amour pour Patrizia (cet acteur est un caméléon, il a ce côté naturellement cool, un peu raide). Elle (Lady Gaga, méconnaissable) a les yeux avides ; la vie de riche, elle l’adore, lui la rejetterait ; elle est vénale, sensuelle. elle est une lionne, une femme tellement ambitieuse et déterminée que ça frise l’hystérie. Première scène du film, cambrée dans sa robe moulante, elle passe devant les mécanos en train de laver les camions de l’entreprise paternelle. Elle n’a pas froid aux yeux, elle est une panthère avec des yeux de serpent. Elle court à sa perte. Le couple se sépare avant que Maurizio ne vende ses parts à une grosse société. Patrizia ne pardonnera rien.

Quelle famille horrible ! Le père de Maurizio est un cadavre ambulant (la maigreur de Jeremy Irons devient troubalnte) ; l’oncle (Al Pacino comme dans un remake du Parrain) est roublard mais touchant, une proie d’autant plus facile pour le couple de jeunes mariés Gucci que le cousin Paolo, son fils, est épouvantablement dégénéré. Pouah !

Je me suis ennuyée. Franchement, ce film est long. Je ne me suis pas intéressée, ces personnages sont écœurants. J’ai regardé jusqu’au bout bien sûr mais quel manque de créativité, originalité. Un pensum

Silent night

Un post rapide pour être sûre de ne rien dévoiler de ce film de Noël atypique, qui commence dans les robes à paillettes, la dinde et les cadeaux pour finir …

J’ai adoré les personnages : Simon, le père (Mathew Goode, sooo British), Art, le fils précoce révolté, assez visionnaire, les placides jumeaux (Tic et Toc), la garce de 10 ans, fifille à son Papa déguisée en Belle au Bois Dormant. J’ai beaucoup ri en les voyant vivre ce début de soirée. J’ai aimé les retrouvailles vache entre amis de fac dont les relations amoureuse se sont forcément entrelacées – sinon se retrouvaient-ils tous avec autant d’envie quinze ans plus tard ? – les confidences avinées devant la cheminée, le rejet des pièces rapportées. L’ambiance commence à virer après le premier tiers … et je me suis petit à petit tassée dans mon fauteuil jusqu’à la toute dernière image.

La bande originale est très réussie et accompagne la montée d’adrénaline. Magnifiques décors, costumes, mise en scène.

Saint Laurent, ma mère en sirène

Les falaises de Virginie DeChamplain

Les femmes de ma vie. On se succède sans se voir, comme des ombres qui courent devant les miroirs, sacrent des coups de poing dedans et continuent leur route pour voir le monde.

J’ai terminé hier soir ce fascinant roman, empli d’une énergie folle, d’une fulgurance, d’une densité renversante. L’attraction de cette couverture noire et blanc, les sensations que cette photo soulève en moi : pureté, introspection, lâcher prise ; ce »auto-portrait en robe noire » de Raymonde Abril est bouleversant. L’édition la Peuplade m’enchante, me ravit, m’emballe. Les collectionneurs d’images m’avaient déjà montré la voie.

L’histoire : Au décès de sa mère retrouvée dans le fleuve, la narratrice entreprend de ranger la maison de famille et tombe sur les lettres de sa grand-mère. Elle met sa carrière Montréalaise en stand-by et décide d’exorciser ses souffrances passées, liées à la santé mentale de sa mère, personnage excessif, instable, insupportable, pour enfin trouver sa place et aller de l’avant.

On fonctionne par piles. Ce qu’on garde ce qu’on jette ce qu’on donne; On jette beaucoup, garde presque rien. C’est pour le mieux je crois. Y a quelque chose qu’il faut briser. Un bruit de petit os qu’on casse. Une rengaine triste sur le cœur à enfermer dans un sac poubelle.

L’histoire de trois générations de femmes au bord du fleuve Saint-Laurent, qui se contemple du haut des falaises, là-bas, en Gaspésie. Liées par leur sang, elles n’ont jamais pu compter sur leur homme, elles ne sont plus supportées et se sont enfuies. L’Islande en origine, le Québec en résidence. Des femmes fortes, libres, dures, insoumises.

Les mots : ils vous agrippent à la gorge, ils vous transpercent. Cette quête cathartique est totalement sublimée par cette langue québécoise tellement belle, imaginative. Il y a des poèmes courts, façon haïkus, qui en quelques mots peignent une nature brute, rude, vaste. Il y a une urgence à dire, expurger, faire sortir, des mots sans ponctuation, pour aller plus vite.

C’est admirable.

Madame lit, des pages et des lettres , lettres d’Irlande en ont dit beaucoup de bien aussi.

Pour rien au monde elle n’aurait voulu être ailleurs

Noël à Kingscroft de Mylène Gilbert-Dumas

Voilà que je me lance dans la lecture d’un roman de Noël … C’est vraiment une première et tant mieux ! J’ai choisi de m’expatrier au Québec, sur les hauteurs des Cantons de l’Est. Clarisse est la mère comblée de six filles, nées de trois pères différents, et vit dans le canton de Kingscroft. Sa maison est une des trois sur cette route à l’écart ; son père occupe la deuxième. La troisième a récemment été louée à un médecin syrien, Rabih, parti passer Noël dans son pays d’origine, et sensé en revenir avec une épouse. Clarisse est un modèle idéalisé de mère … à l’écoute, aimante, ouverte, généreuse. Les contraires s’attirant, cette femme lumineuse n’a pas manqué d’intéresser le solitaire-un-peu-coincé Rabih, écartelé entre son devoir de fils, le respect des traditions, et la perspective d’une famille recomposée à l’occidentale.

En attendant son retour, Clarisse & Co s’apprêtent à fêter un Noël un peu perturbé par l’épidémie bien connue … qui fâche fort Raymond, le grand-père patriarche, dont la perte d’autonomie engendre des prises de position radicales et sonores.

J’aimerais mieux mourir de la Covid que de vivre sous un régime totalitaire

Sans compter que là où ils vivent, tout cela paraît lointain, mais alors, lointain …

Ici, dans la campagne profonde, personne n’était malade, personne ne connaissait quelqu’un de malade, et personne ne connaissait quelqu’un qui connaissait quelqu’un de malade.

C’est vraiment une lecture chaleureuse, feel-good certes pas mièvre, avec des dialogues enlevés, des personnages débordant de tendresse. Les préparatifs de Noël vous donnent terriblement envie de vous mettre au fourneau. J’ai lu ce roman dans le cadre du Cold Winter Challenge, sous-catégorie romance de Noël, avec beaucoup de plaisir, pas vraiment pour l’histoire d’amour qui est un peu plaquée, mais pour cette délicieuse langue québécoise si imagée, imaginative et drôle et pour ce portrait de femme, digne descendante des chasseurs-trappeurs.

Clarisse se félicita d’avoir dépecé son chevreuil la veille.

Réjouissant !

Me fondre dans le néant stupide de l’univers

L’herbe bleue de Beatrice Sparks

J’avais lu ce livre lorsque j’avais 16 ans je pense, et en le relisant aujourd’hui, je me dis que je n’avais pas dû tout comprendre … Je me souvenais encore d’avoir éprouvé un frisson glacé en lisant la toute dernière page, l’épilogue de l’auteure qui tombe comme un couperet. J’avais oublié par contre tout ce que cette prise de drogues avait occasionné dans la vie de cette jeune fille de 15 ans : les fugues, les nuits dans la rue, les relations non consenties (euphémisme), la folie, l’enfermement.

Beatrice Sparks a écrit une fiction, le journal d’une jeune américaine mal dans sa peau droguée à son insu lors d’une soirée de lycéens. C’est ainsi qu’elle le perçoit mais en fait, elle se drogue pour être intégrée. Le voyage est extraordinaire, ses sens sont aiguisés à trois cent pour cent, elle plane et couche pour la première fois avec un garçon.

Je pensais que jamais l’herbe n’avait eu d’odeur aussi verte, que le ciel n’avait jamais été aussi haut.

Je me fais l’effet d’Alice au Pays des Merveilles.

Elle enchaine les soirées – ses parents sont ravis de la voir sortir, avoir des amis, fréquenter des jeunes gens de bonne famille. Sauf que … le manque la taraude et que la situation dérape au fur et à mesure que les périodes en haut et en bas s’enchainent conduisant à une rupture avec sa famille.

J’ai l’impression que je me gaspille. Je veux rentrer chez moi, retrouver ma famille, mon école.

Je suis importante ! Je suis quelqu’un !

Ce roman, car cela en est un, il ne s’agit pas d’un vrai journal – tant mieux bien sûr au vu de ce récit de vie, même si l’on sait bien qu’il correspond à des centaines de milliers de personnes – est trop bien écrit pour une adolescente de 15 ans. La traduction est épouvantable, quel dommage, les anglicismes se répètent rendant parfois le texte bizarre (traduite man par papa, ce n’est pas très sérieux !). Ecrit cependant en 1971, il me marque par son actualité, non pas tant la prise de produits illicites rapidement très forts, mais plutôt par sa description du harcèlement scolaire gardé secret, effrayant, cette violence de la mise au ban d’une communauté et de la réputation si aisément faite. Glaçant. L’amour de cette famille, lorsque l’on est soi-même parent, vous fait un mal de chien, la succession d’émotions, de décisions à prendre qu’ils ont dû vivre au quotidien. J’ose espérer qu’à l’heure actuelle avec toutes les interventions à l’école, la connaissance des risque encourus peut prévenir ce genre d’addiction, mais j’ai refermé ce livre avec la boule au ventre, impatiente de quitter ces pages si gorgées de désespoir.

Comment un père pouvait-il laisser faire une chose pareille ?

La liberté des oiseaux de Anja Baumheier

Je découvre une nouvelle fois, dans ce roman, l’Allemagne de L’Est dans tout son dogmatisme, et je suis reconnaissante au mois des Lettres Allemandes qui me permet d’ouvrir une fenêtre sur une littérature que je connais peu.

Johannes Groen au sortir de la guerre se retrouve embauché un peu malgré lui au service de l’Etat.

K comme Kriminal polizei. Nous avons créé un service chargé de lutter contre la propagation de slogans antidémocratiques.On cherche justement des collaborateurs.

K comme Kolia, un homme cynique et dangereux, ce genre d’individu sur laquelle la RDA peut compter pour exercer son petit pouvoir sans faillir, a combattu à ses côtés. Johannes devient rapidement une marionnette entre ses mains.

La RDA est le meilleur système qui soit, et il nous incombe de le défendre. L’égalité, la solidarité, la justice, le pouvoir de la classe ouvrière.

Johannes rencontre Elisabeth.

Se marier l’année de la création de la République Démocratique Allemande, ça ne peut que porter bonheur !

Ils ont deux filles. L’une se fond dans la masse, l’autre, pas. Ce qui pourrait passer pour des incartades de jeunesse à l’ouest prend tout de suite en RDA une dimension politique avec des conséquences disproportionnées pour les individus incriminés.

Marlène Groen, tu as introduit à l’école un outil de propagande impérialiste, et pour cela tu risques d’être renvoyée.

La jeune femme ne se leurre pas ; comme Maxim Leo, l’Etat décide de la poursuite d’études des jeunes. Il vaut mieux ne pas s’être fait remarquer.

J’ai beau avoir de très bons résultats, je sais qu’ils ne me laisseront pas aller à l’université.

Alors qu’elle essaie de passer à l’Est avec son amoureux, elle est arrêtée, à l’instigation de Kolia, et sous les yeux de son père qui ne fait rien. Elle accouche en prison, on lui dit que sa fille est morte. Elle est en fait confiée à ses parents qui la déclare comme leur troisième fille, Thérésa. Marlene est ensuite vendue à l’ouest, où elle est prise en charge par l’amant de sa mère, un médecin passé à l’ouest sans elle.

Ignoble. La lâcheté de ces parents est révoltante. Ils sacrifient leur fille pour ne pas être victimes de ce système inhumain, mais comment peuvent-ils se regarder dans une glace ?

Si le fond du roman présente un très grand intérêt et certains épisodes vous saisissent au tréfonds, le traitement m’a souvent déroutée. La structure manque de clarté, les chapitres « autrefois », avec plusieurs dates, et « aujourd’hui », sont sources de confusion, car très rapidement, les sauts dans le passé brouillent les liens de famille : je me suis perdue dans les générations et j’oubliais qui était mère, fille, grand-mère, amie de la grand-mère, ce n’est pas fluide. Les rebondissements, mensonges et révélations sont trop nombreux, cela manque de vraisemblance. Enfin, le titre n’a à priori aucun rapport avec l’histoire, pourquoi parler d’oiseaux ; je suis peut-être passée à côté de quelque chose ; enfin, la photo de couverture annonce : Attention, ils partent maintenant, Berlin Ouest …

Pourquoi fallait-il que les histoires tristes se réalisent ?

Les enfants de la Volga, de Gouzel Iakhina

Quand vous ouvrez un livre de Gouzel Iakhina, vous êtes immédiatement transportée dans un ailleurs irrésistiblement dépaysant ; vous sentez la neige crisser, le froid vous gercer les mains, le thé vous réchauffer mais vous passez ensuite à l’été et là, vous voyez les champs de blé ondoyer à perte de vue. Au cœur de cette nature ample et rude vivent des personnages qui vont vous hanter longtemps après le mot FIN.

Il y eut Zouleikha, courageuse paysanne tatare victime de la dékoulakisation, déportée en Sibérie, transcendée par son amour maternel. Dans ce second roman, il y a Bach, membre de la communauté d’immigrés allemands, venus à l’appel de la grande Catherine pour peupler les rives de la Volga. Des gens sans histoires, laborieux, droits, vivant en autarcie dans les années 20. Jakob Bach est le Schulmeister, le maître d’école. Un homme austère, amoureux de la haute langue allemande et de ses poètes, un vieux garçon sans ambition.

Le premier rang, dit des ânes, accueillait les plus petits et les élèves dont la conduite ou l’attention ne satisfaisait pas l’instituteur.

Il tombe amoureux de Klara dont il est le professeur particulier et se voit contraint de quitter la petite communauté de Gnadenthal. Ils vivent reclus dans la ferme de la jeune femme, loin des famines, de la guerre, des exodes et des dévastations. Klara, victime de viol, meurt en couches en donnant naissance à une solide et téméraire petite fille nommée Anntche.

Ainsi donc, Bach devient père.

Pour cet homme introverti, devenu muet depuis la mort de Klara, c’est un tremblement de terre, un tremblement permanent tout court, tant son existence va être submergée par une peur viscérale, celle de perdre cette enfant, dernier lien qui le raccroche à son aimée.

La suite de son histoire, elle va suivre les chaos de la grande histoire, avec son injustice, sa cruauté, ses moments de répit et de bonheur aussi. Il faut s’immerger dedans, comme Bach au fond du lit de la Volga, se laisser engloutir dans la détresse des guerres, des purges ; assister éberlué à des scènes de la vie de Staline, le mal et la cruauté incarnées. Il faut aussi accepter une grande part de surréalisme, des rêves, du fantastique et du conte.

Cela m’a au départ désarçonnée.

Dans les premières pages, Gouzel Iakhina raconte avec tendresse la vie de ce village coupé du monde, un peu comme chez Astérix … On bascule ensuite très vite dans le conte : la belle au bois dormant (Anna), l’ogre (le père de Klara), Blanche Neige (Klara). Et à certains moments, on vire au cauchemar, réaliste celui-là, mais raconté sans appui. Tout un volet sur la politique, les purges, l’horreur, Staline. Il convient de le rappeler.

Avez-vous vu cette couverture incroyable ? C’est Persepolis en Russie.

Par ses descriptions savoureuses des paysages mais surtout des visages et de leurs expressions, l’auteure, conteuse hors pair, nous transporte. Elle explore la paternité, les liens du cœur, l’amour pur, absolu, d’un père et avec lui, la peur qui ne le lâche qu’à la toute fin. Elle écrit un récit d’adaptation : on aime, on perd l’être aimé, on fait le deuil, on retrouve un sens à sa vie. Bach restera toujours cet homme insignifiant d’apparence, peu sûr de lui, mais tellement fiable et fidèle, tellement solide. Il se sent toujours inférieur à Klara, Anna, Vasska, et pourtant il est lui aussi transcendé par l’amour paternel.

Tant d’éléments dans ce roman mériteraient que l’on s’y arrête, qu’on les étudie ; tellement de symboles, de personnages de contes occidentaux, mêlés aux fables et contes de Russie. Si je compare à de si nombreux romans français plats, à des auteurs non inspirés qui réécrivent chaque année le traumatisme de leur jeunesse, je ne peux que saluer la richesse littéraire, narrative et symbolique des Enfants de la Volga, immense roman.

Réussir sa vie d’épouse est une carrière en soi

La recette de la femme parfaite de Karma Brown

Nellie, 1955, femme au foyer mariée à Richard, un mufle fini. Alice, 2018, femme au foyer, en couple avec Nate, un homme gentil qui aime savoir que sa petite femme a quitté la vilaine jungle New-yorkaise et qu’elle va très bientôt lui faire un enfant.

Ils s’étaient entendu là-dessus : Nate assumait les dépenses et prenait le train matin et soir pour aller travailler, tandis qu’Alice s’occuperait de la maison. Chacun son rôle, tout simplement.

Elles vivent toutes les deux successivement dans la même charmante maison, avec un jardin à vous faire oublier le sens du mot manucure. D’ailleurs, en plantes, Nellie est très calée ; sa mère lui a légué des livres de recettes de cuisine qu’elle enrichit de ses propres expériences.

Ces deux femmes vont-elles profiter de cette douce existence de province, à Greenville, proche de New York mais à des siècles de la trépidation et pression continuelle de la Grosse Pomme ?

Alice : Pour une enterrée vivante, je me sens plutôt bien.

Nellie : Sa mère ne disait-elle pas qu’on se sent toujours mieux après avoir mangé du chocolat ?

Pauvres chéries ! Jongler d’une époque à l’autre permet de constater les mêmes brimades ou remarques, la difficulté à tout mener de front et surtout la même culpabilité démultipliée par l’inactivité, le manque de vie sociale, de reconnaissance sociale, la trivialité des tâches quotidiennes qui ne demandent aucune expertise et très rapidement, l’asservissement au conjoint.

Ce n’est pas gagné pour la douce et servile Nellie, biberonnée aux livres sur la conduite des épouses parfaites ….

Depuis, au cours des deux dernières années, Nellie avait découvert les petits défauts de Richard (qui n’en avaient pas ?) mais il subvenait à ses besoins et serait un père attentif. Quoi demander de mieux ?

Et Alice rencontre des difficultés à s’adapter à la vie à la campagne …

Elle demanda à Madame Google si à Greenville, on jetait ces choses-là au compost ou à la poubelle.

… quand ce n’est pas le harcèlement de Nate, qui tourne en boucle sur un enfant.

Une trousse d’ovulation pour célébrer leur arrivée dans leur nouvelle maison, vraiment ?

Cohabiter trois jours avec ces Desperates Housewives chez Mad Men m’a procuré un sacré plaisir. Que c’est jubilatoire, rondement mené, tellement drôle, d’une ironie mordante et cruelle parfois, avec un air de ne pas y toucher, comme ses personnages de femmes que l’ont se met spontanément à aimer et qui vont, rassurez-vous, montrer qu’elles ont de la ressource.

Ah, tiens, le double sens du titre est aussi jubilatoire … oui, décidément, ce roman est réussi !

Et ces conseils édifiants d’épouse facile à vivre, dévouée à chaque début de chapitre … des éclats de drôlerie !

De l’écume plein la bouche

Là où sont les oiseaux, Maren Uthaug

Phare de Kjeungskjaer, 1920. Sans perspective ni compagnie, le vieux Lassen décide d’en finir, après avoir scrupuleusement nettoyé la lanterne du phare.

Certes, il allait mourir, mais ce n’était pas une raison pour que les matelots sombrent avec lui.

Dans ce roman qui débute cruellement, le lecteur ignore qu’il a furtivement croisé là son seul personnage droit et courageux.

1936. Johan s’installe sur cette île seulement éloignée de 2kms de la petite bourgade d’Uthaug, avec sa femme Marie, sa fille Darling – quelle ironie ce prénom – et son fils Valdemar. Ce dernier est totalement retardé, il est une vache, mugit, mange par terre, doit être attaché pour ne pas tomber dans la mer écumante. Sa sœur l’adore. Dans cette vie austère, en vase clos, le seul rayon de soleil sera une gouvernante envoyée par le gouvernement pour instruire Darling, véritable sauvageonne que craignent tous les enfants d’Uthaug. La jeune danoise amène une once de civilisation. elle incarne la liberté, l’autonomie et l’indépendance.

Mensonges, trahisons, tromperies. Des humains réduits à des pulsations sexuelles primaires, à des ambitions étriquées. La consanguinité coule de source. Les mariées sont vêtues de noir. Voilà la société d’Orland. Et si la vie n’y est pas tendre, la mort vient brutalement prendre ses habitants ; ils disparaissent du jour au lendemain, ils éliminent les gênants ou se tuent eux-mêmes.

Dans cet endroit reculé qu’ils parviennent à quitter en sacrifiant qui sa virginité, qui son amant, qui son enfant, il est exaspérant de les voir revenir, tout en maudissant cette terre, s’y faire piéger.

Alternant les points de vue, Là ou se trouvaient les oiseaux est un roman puissant et dérangeant sur une communauté humaine rustre et dépravée, semblable à des poissons tournant en rond dans un aquarium, prisonniers de leurs propres tempêtes.

Tu es beau mon fils

Ma mère, Dieu et Sylvie Vartan, de Roland Perez

Par ordre d’entrée, et, soyons clairs dès le début, de priorité, il y a la mère ; la mère juive ; la mama ; la gorgone ,Marthe Vilalonga à la puissance 10 000. Roland est son petit dernier, à priori donc l’objet de tout son amour quelles que soient les qualités physiques et intellectuelles de cet enfant … sauf que Roland est né avec une malformation au pied, qui ne lui permet pas de tenir droit, de tenir tout court. Il ne peut aller à l’école, découvrir, arpenter le monde. Il n’a pas d’autre choix que de rester constamment sous son œil aimant, dans son giron, attendant comme un petit pacha que le monde vienne à lui : le bruit et à la fureur de ses grands frères et sœurs de retour de l’école ou les copines de sa mère reçues dans le salon marocain (alors que tout le monde s’entasse dans deux chambres) pour des commérages sans fin. La vie de Roland est rythmée par les consultations médicales – mais pas à l’hôpital, hein, ils auraient pu le garder et lui faire Dieu sait quoi – indifféremment des pontes et des charlatans, et puis il y a aussi les visites de Mme Fleury, l’assistante sociale, qui trouve qu’à cinq ans, quand même, il devrait aller à l’école cet oisillon-là.

Roland, lui, aime être le centre de son petit monde, il baigne dans un amour inconditionnel et profite de tout ce qui lui est offert :

Des trésors inouïs se dissimulaient sous le lit de mes sœurs : toute la collection des Salut les copains et des Demoiselles âge tendre.

Le samedi, la maison était pleine à craquer. Toutes les copines de Nicky débarquaient chez les Perez.

Jamais je ne me suis senti différent, jamais dans le regard de ma famille, je n’ai lu de pitié ou de peine. Je marchais dans ma tête tout simplement.

Si le père est quelqu’un un peu en périphérie – gardien de nuit à Air France, juste rentré pour leur petit-déjeuner avant de filer prendre son poste à l’usine, la mère veille au grain avec tous ses enfants …

Les garçons on y va ! Mes frères avaient beau être au lycée, il n’était pas question qu’ils partent au lycée dans elle.

Elle part même pour une virée historique, totalement hilarante, aux Etats-Unis avec sa fille et sa copine …

car si elle croyait qu’elle allait les laisser partir seules sur les routes, à la merci des satyres et des tueurs en série, elle se fourrait le doigt dans l’œil

Et Dieu dans tout ça ? Et Sylvie Vartan ? Je vous laisse le plaisir de découvrir leur part dans le miracle qui s’est accompli … mais oui, forcément, avec sa capacité à soulever les montagnes, elle réussira à le faire marcher, son Roland; accessoirement aussi, à passer le permis de conduire à cinquante ans, et à revenir tous les jeudis revoir ses vielles copines du HLM quand, telle Marie-Antoinette, elle sera partie vivre dans un château…. euh, un.pavillon quoi !

Mais comment ça me perdre ?Alors ça y est ? Je suis morte ? Eh bien voilà, je suis morte. Allez on prépare les obsèques.

Tous ces personnages, Mme Benayoun, tante Martha, etc. c’est La vérité si je mens, Comme t’y es belle ou Un éléphant ça trompe énormément juste focalisés sur la mère et, même si son histoire avec Sylvie Vartan est touchante aussi, dans ce roman, rien n’égale le portrait tendre et hilarant de sa mère. Et Dieu n’a qu’à bien se tenir …