LA FEMME AU TABLEAU

Film américain sur le combat de Maria Altman pour récupérer un magnifique portrait de sa tante Adèle par le peintre KLIMT.

Ce tableau a été volé à sa famille, juive, par les nazis autrichiens.

Ce n’est pas le premier film sur ce sujet, Monuments Men en parlait également. Même si on peut une nouvelle fois voir la justice américaine en action, cette grosse machine prête à broyer, le film dépeint avec justesse l’horreur de cette époque, les exactions nazies et la difficulté pour ces pays de reconnaître ensuite ces actes et proposer réparation.

CONSTELLATION

Premier roman d’Adrien Bosc, Constellation est le nom de cet avion d’Air France transportant 48 passagers et membres d’équipage, tous tués sur les pentes d’une montagne des Açores alors qu’ils y atterrissaient pour y faire escale. Parmi eux se trouvait le boxeur de Casablanca, Marcel Cerdan, impatient de rejoindre Edith Piaf à New York.

Ginette Neveu figurait aussi dans la liste des victimes, jeune violoniste prodige, accompagnée par son frère et ses deux violons dont un Stradivarius qui ne sera jamais retrouvé ; et puis il y a un pilote aguerri, héros de guerre et cinq bergers basques, une femme qui divorce, des hommes d’affaires dont un qui a fait fortune avec les frères Disney.

Adrien Bosc les décrit, les fait revivre, honore leur mémoire car le destin des ces 48 naufragés du ciel est lié … tous ces talents gâchés, ces histoires amoureuses brisées, ces enfants orphelins par la faute d’un terrible concours de funestes circonstances.

Très belle écriture, fluide, pour un roman qui se lit d’un trait.

LA SURVIVANCE

Sils et Jenny ont vécu quelques mois dans une petite maison des Vosges il y a 40 ans, puis ils en sont partis gagner leur vie comme tout un chacun. Libraires-bouquinistes fauchés par la crise, ils sont contraints de repartir à la Survivance pour cette fois, y vivre pour de bon. Ils n’ont pas d’autre choix, ils ne possèdent que cette bicoque.

La vie, la survie, est difficile mais ils résistent. Leur quotidien est rythmé par les cultures dans le jardin, l’entretien du chemin et du toit, les lectures à la lumière des bougies le soir, « l’aide immense des livres, les discussions avec les gens de tous les siècles » ; et puis il y a cette cohabitation avec les cerfs, un peu à la Diane Fossey au pays des gorilles, cette observation émerveillée quoiqu’un peu inquiète où hommes et bêtes se regardent, se jaugent, se respectent …

Oui, malgré l’âpreté des corvées quotidiennes quand on n’a pas le confort moderne et qu’on ne veut pas que l’hiver ait raison de vous, tout aurait pu continuer si …

Pudeur du récit, phrases rapides qui mettent en avant la beauté et bonté de la vie, pas sa rudesse ou l’injustice d’avoir été dans la société et d’avoir du s’en éloigner.

SACRE BLEU

Roman américain dont les 100 premières pages m’ont ravie : écriture légère, style joyeux, rapide, drôle sur le Paris des impressionnistes « qui peignent ce qu’ils voient » et puis …. l’hsitoire m’est apparue confuse, tirée par les cheveux, parfois incompréhensible.

Je me suis surprise à sauter quelques paragraphes pour aller plus vite. La chaleur actuelle ? la longueur du récit ? Ce « petit roman noir de la couleur bleue » m’est tristement resté sur les bras et m’a laissée sur ma faim.

MUSTANG

Premier film d’une jeune réalisatrice franco-turque, bourré d’énergie et de rythme. Les cinq soeurs élevées par leur grand-mère et leur oncle (arrgh) dans cette campagne turque un peu reculée ressemblent à des chevaux sauvages (crinières, sourires carnassiers) qui se cabrent et se rebiffent face au poids des traditions.

Elles vivent parfois des moments de liberté fulgurante avant de retomber dans leur chambre barricadée comme des papillons de nuit qui se brûlent à la lampe. Fin pleine d’espoir, Istanbul est la promesse d’un avenir moins pesant.

Memphis, TS I have a dream …

C’est là que la vie du pasteur Martin Luther King a pris fin, mais son rêve a pu se réaliser.

The National Civil Rights Museum est passionnant, construit autour du Motel Lorraine sur le balcon duquel King fiut tué. Les expositions sont riches, l’histoire est émouvante, l’homme remarquable …visiter ce musée est une chance, pour moi aussi a dream come true.

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La plaisir de retrouver Nina Berberova

Je me souviens d’avoir vu et entendu pour la première fois Nina Berberova interviewée par un Bernard Pivot totalement sous le charme, un vendredi soir du temps béni d’Apostrophes.

Ce petit bout de femme dégageait une force et une autorité naturelle incroyables ; je m’étais précipitée sur mon premier livre chez Actes Sud : C’est moi qui souligne.

Je l’ai ressorti il y a quelques jours de son étagère oubliée pour me replonger avec délectation dans le récit de sa vie.

Née en 1901 à Petersbourg d’une mère russe (orthodoxe, gardienne des traditions), et d’un père arménien (l’originalité dans les gênes), la jeune Nina a très vite affiché une personnalité farouchement indépendante. Décidée très jeune à se trouver un travail, elle raye consciencieusement tous les noms d’une liste avant d’arrêter son choix sur le plus exigent métier qui soit : poète.

Elle côtoie très vite la fine fleur des artistes et écrivains russes, surtout ses jeunes poètes et tombe amoureuse de l’un d’entre eux : Khodassevitch. Ensemble, ils quittent Petersbourg pour ne plus y revenir, s’installent à Berlin, puis Prague, l’Italie, enfin Paris. Ils y vivent dans la pénurie mais les discussions littéraires et poétiques sont vives le soir dans les cafés.

Khodassevitch est malheureusement atteint de cette espère de langueur nostalgique russe qu’elle-même ne connait pas :

« lui redoutait le matin les catastrophes du soir, moi j’attendais la nuit les joies du lendemain »

C’est la rupture et la vie commune avec un peintre russe pendant la guerre ; des années difficiles mais heureuses auprès de cet homme qu’elle quitte cependant en 1948.

Survient alors la nécessité de partir, de quitter cette Europe qu’elle aime, pour une terre de tous les possibles : les USA. Nina Berberova a perdu peu à peu les membres de cette communauté russe intellectuelle au sein de laquelle elle avait grandi à Paris, dont elle avait partagé les peines et les révoltes ; dès 1928, elle souligne indifférence devant le sort des intellectuels en Russie. La communauté n’était plus :  il y a avait eu les retour là-bas (Gorki), l’exil en Amérique (Nabokov), la maladie et la mort (Khodassevicth) et puis beaucoup de suicides.

Elle note que sur la scène parisienne d’après-guerre dominée par Sartre, Aragon et Eluard, il y a trop de condescendance voire de glorification du communisme, écœurant pour elle. Elle part donc pour mener une vie plus douce ; 7 métiers en 7 ans et puis ce poste de professeurs de littérature russe à Yale et le succès littéraire, sur le tard.

 » Je pensais que je deviendrais quelqu’un, mais je ne suis devenue personne, je n’ai fait qu’être. »

Merveilleuse Nina Berberova, pugnace, forte.

COMME UN AVION

Film plein de poésie, de fantaisie, de rêverie.

Michel (craquant Bruno Podalydès, qui a écrit et dirigé) a toujours été fasciné par l’aéropostale et les avions. Il se décide un jour sur un coup de tête à acheter un kayak qu’il monte sur son toit. Sa femme (Sandrine Kiberlain) l’encourage à partir sur la Seine avec pour objectif de rejoindre la mer.

C’est le départ, le kayak est plein, Michel est paré, il se lance. Il tombe sur une auberge tenue par Laetitia (Agnès Jaoui) et de doux rêveurs et se laisse porter par les événements …

Un voyage intérieur, c’est ça en fait. Un grand enfant (d’ailleurs il a un travail de grand enfant, des animations en 3D) qui a envie de tout goûter, de tout apprécier ; un côté Alexandre le Bienheureux (même barbe, même tendance à manger, boire et puis dormir, pas dans un lit mais dans l’herbe, sous la tente, dans le lit d’une femme).

Agnès Jaoui y est rayonnante, comme dans « l’art de la fugue » et « au bout du conte », je la trouve formidable dans ce film.

LA LOI DU MARCHE

Je m’attendais à un film plus difficile, j’ai trouvé qu’il était au contraire très juste, direct, mais sans porte fermée sur un avenir meilleur. Terrible de perdre son emploi à cinquante ans, épuisant les égarements sur des voies de garage comme des stages sans intérêt, inadaptés au monde du travail actuel ou les procédures pour faire payer les patrons qui ont licencié toute une usine et mis à mal le tissu économique d’une ville.

Vincent Lindon est juste fabuleux dans ce rôle ; il insuffle à son personnage une douceur, un fatalisme et un souhait d’avancer sans cultiver l’amertume qui touche. ses repas avec sa femme et son fils handicapé, le rendez-vous chez le directeur de l’école, les cours de rock pleins de maladresse, c’est tellement vrai !

Malgré l’âpreté de sa nouvelle vie, cet homme a des valeurs et le montre à la fin. On ne peut pas croire qu’une telle personne ne puisse pas s’en sortir ensuite.
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