Chacun essayait de s’en sortir comme il pouvait

Le Grand Monde de Pierre Lemaitre

Mais qu’il est espiègle cet auteur … ce titre qui en impose, allié au paquebot sur le bandeau nous donnerait à penser que nous allons nous rendre chez des gens de la haute … Le Grand Monde peut-être mais vraiment à travers le bout de la lorgnette et avec un filtre bien noir ! Pierre Lemaitre revient aux affaires avec la suite de la trilogie qui l’a propulsé avec beaucoup de justesse, dans le clan des très grands auteurs français – selon moi, mais je ne suis pas la seule.

Il s’est mis aux manettes de la vie rocambolesque et dramatique des Pelletier, un clan qui semble soudé autour de leurs deux parents aimants et généreux, ostensiblement angoissés de voir leurs quatre enfants devenir de jeunes adultes et les quitter. Nous faisons leur connaissance à Beyrouth, lors de leur procession-pèlerinage annuelle vers la fabrique de savons qui a fait leur fortune. Un drame est en train de se nouer dès ces premières lignes car Etienne, le fils préféré, a un amant disparu depuis plusieurs jours en Indochine où Angèle Pelletier, la mère, le laisserait volontiers croupir … sauf qu’Etienne a décidé de partir à sa recherche. Létal !

Maman va mourir mais avant elle servira le repas et fera la vaisselle.

L’aîné Jean dit Bouboule est un incapable mou maltraité par sa femme Geneviève -un monstre cette femme. François le second s’invente une réussite à l’ecole Normale de Paris alors qu’il se rêve journaliste et Hélène, la benjamine, veut elle aussi rejoindre la capitale y étudier les Beaux-Arts.

En reposant le livre, je me suis demandée quel personnage pouvait bien attirer ma sympathie dans ce clan … en me forçant un peu, ce serait François mais sinon, qu’ils sont vils, vénaux, presque dégénérés et puis malheureux en amour, roublards, j’en passe. Lemaitre aime les truands, les types profiteurs, les meurtriers qui échappent à la justice. Il excelle à peindre la guerre d’Indochine, avec ses détournements de fonds, fraudes incroyables, qui font que l’état français se retrouve à financer ses propres ennemis. Une guerre poisseuse, un pays compliqué, une population incompréhensible, rendant coup pour coup, tortionnaires, meurtriers, fourbes.

Pour Etienne, ce manque d’unité symbolisait assez bien cette guerre dans laquelle la France avait à peu près tout tenté sans jamais rien réussir.

Beaucoup de noirceur dans ce roman, bien plus que dans les précédents. Heureusement, comme souvent chez lui, les femmes font moins d’esbroufe et sont redoutablement efficaces.

Pierre Lemaitre manie les mots avec un talent rare, il les aime désuets, surannés, ampoulés parfois. Il se surpasse dans les grandes scènes tragiques … grandioses obsèques de l’actrice, assurément un grand moment du roman. Moqueur, frondeur, d’une ironie mordante, j’adore cet auteur !

Publié par worldcinecat

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2 commentaires sur « Chacun essayait de s’en sortir comme il pouvait »

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