Ce sont les époques qui gouvernent, non les rois

La huitième vie de Nino Haratschwili

Car je dois ces lignes à un siècle qui a trompé et abusé tout le monde, tous ceux qui espéraient. Car je dois ces lignes à une impérissable trahison, , qui s’est abattue comme une malédiction sur ma famille. Je dois ces lignes à ma soeur, à qui je n’ai jamais pu pardonner de s’être envolée sans ailes cette fameuse nuit, à mon grand-père , à qui ma soeur avait arraché le coeur, à mon arrière-grand-mère, qui à quatre-vingt-trois-ans, a dansé avec moi un pas de deux, à ma mère, qui a cherché Dieu.

Je voudrais citer tous les mots de ces 1190 pages tellement c’est beau, tellement chaque ligne m’a faite vibrer ! Nino Haratschwili déploie un talent de conteuse éblouissant et son roman est une somme colossale de recherche sur l’histoire des Géorgiens. Elle réussit à faire vivre ces personnages comme si nous les avions sous les yeux ; nous ne les perdons jamais de vue, même quand de nouvelles naissances viennent rompre les équilibres, créer des inégalités, former de nouveaux duos, trios, quatuors. Tout est rapport de force et d’amour dans cette famille, avec et sept femmes et un patriarche, Kostia, . A part lui, qui est au contraire un despote – pour sa famille et pour ses concitoyens – les hommes sont des êtres sans aucune consistance, absents, tout juste bons à féconder -et Dieu sait qu’elles engendrent facilement – pour ne plus ensuite apparaître dans le tableau.

La grande Histoire qui met sans cesse des bâtons dans les roues, qui détruit, qui tord, qui frappe : Stasia ne deviendra pas danseuse étoile, Kitty n’épousera pas Andro et devra s’exiler, la sublime Christine finira défigurée. La beauté de ces femmes, celle qui attire l’œil des loups au pouvoir et fait de vous une cible facile, est une malédiction. Les révolutions, les privations, les droits de l’homme bafoués, l’idéal socialiste qui a nourri les actions des hommes comme Kostia, tout cela savère n’être qu’une gigantesque tromperie. Comme toute doctrine, elle n’est qu’un paravent derrière lequel se réfugie un dirigeant dément assoiffé de pouvoir, capable de terroriser et envoyer à la mort des milliers de gens, comme de vulgaires animaux.

Ce roman est magistral. Il m’a tenue en haleine de la première à la dernière ligne. Je vous invite à l’ouvrir, à lire les premiers mots et à rejoindre Niza, la narratrice, pour ce grand voyage dans le 20ème siècle, Niza qui écrit pour sa nièce, Brilka et lui dit :

J’ai adopté ton cœur et catapulté le mien au loin.

Publié par worldcinecat

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3 commentaires sur « Ce sont les époques qui gouvernent, non les rois »

  1. J’ai lu cette pépite une première fois en 2018 en vo et une nouvelle fois tout récemment. Il est passé complètement inaperçu en français lors de la RL 2017 et je suis très heureuse de voir que la sortie poche a contribué à le faire enfin connaître ! Et en plus les avis sont unanimement positifs 😊

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