Un bref instant de splendeur

Un roman refermé en silence, comme anesthésiée. Déjà fini ; enfin fini ; tellement de douleur ; une telle charge émotionnelle ; oui … lorsqu’un livre vous habite ainsi, le mot splendeur s’impose. Marguerite Capelle réussit l’exploit de traduire ce texte d’une poésie rare car la langue d’Ocean Vuong est absolument sublime, et ses pensées sont tellement profondes.

Tu es une mère, Maman, tu es également un monstre. Mais j’en suis un aussi – et c’est pour cela que je ne peux me détourner de toi. C’est pour ça que j’ai choisi la plus solitaire des créations divines et que je t’ai placée à l’intérieur. Regarde.

Un bref instant de splendeur est une lettre d’un fils devenu poète, à sa mère Rose, dont la peau est trop blanche dans son pays, et trop jaune en Amérique, dont l’anglais ne lui permet pas de trouver un travail décent, et dont l’enfance a laissé en elle des cratères béants qui parfois expulsent une lave de colère incandescente, aveuglante. Ces jours-là, il faut le corps de sa grand-mère pour protéger des coups. C’est l’histoire d’Ocean, né au Vietnam mais émigré aux Etats-Unis, un enfant observateur, hypersensible, innocente victime de la guerre au Vietnam dont les insupportables souvenirs ont tué chez ces femmes tout espoir et toute joie.

Ton travail au salon de manucure t’a abîmé le dos au point que le lit est devenu trop mou pour grder tes articulations en place toute une nuit de sommeil.

Dans la noirceur de cette enfance, brillent de belles scènes, comme celle des soins esthétiques prodigués à une cliente unijambiste, ou les scènes de passion avec Trevor, ou le voyage au Vietnam pour que les cendres de Lan puissent reposer sur la terre de ses ancêtres. Terriblement touchant.

Je retrouve des traits culturels que je connais bien ; la pudeur qui se cache derrière une grande dureté lorsqu’il s’agit de parler de soi, de ses sentiments, de sa sexualité. La place des femmes aussi, centrale. L’amour de la cuisine de leur pays. Le besoin absolu de se fondre dans la masse.

Ne te fais pas remarquer, mon fils, tu es déjà vietnamien.

Je voudrais tout citer de ce livre tant il est beau.

Chaque phrase nous élève au dessus de la condition de cet enfant, devenu une certaine incarnation du rêve américain, diplômé de l’université, écrivain, libre de choisir son orientation sexuelle.

La liberté, paraît-il, n’est rien d’autre que la distance entre le chasseur et sa proie.

Publié par worldcinecat

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2 commentaires sur « Un bref instant de splendeur »

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